L'actu musique du 1 avril 2012
@le_figaro
'It's All We Can Do', à la croisée du politique et du personnel (Part I)
par PAUL DE REVERE
Component est une annexe de Aux.Out. réservée aux articles exceptionnels, aux éditos uniques, et aux orphelins perdus des débats musicaux. Aujourd'hui, Paul de Revere traite de la formation rock irlandaise U2, et de l'efficacité de sa politique.

Photo © Elizabeth Gipson ; all rights reserved
Bono et U2 ont soutenu de nombreuses causes : musicales, célèbres, politiques et humanitaires. Il serait facile de se laisser prendre dans les deux premières, mais U2 et Bono ont choisi de mettre en avant des causes plus nobles que leur célébrité ou musique. Cependant, lorsqu'ils glissent vers la politique et l'humanitaire, cela a tendance à pousser l'auditeur à faire quelque chose, ce qui peut être une situation conflictuelle et mettant mal à l'aise lorsque l'on veut seulement écouter de la pop dans sa chambre. Quoi qu'il en soit, le sort en est jeté : le personnel et le politique, l'apathie et l'empathie, éprouver simplement de l'empathie et en fait agir à partir de là. le personnel ert le politique pourraient sembler tellement dissociés (après tout, comment la politique affecte-t-elle réellement notre quotidien ?) mais au royaume de la musique et surtout dans celui de U2, ils sont inséparables.
Et j'en reviens toujours à "Where the Streets Have No Name" lorsque l'on aborde la collision voulue par U2 entre le politique et le personnel. Le groupe de rock irlandais et son chanteur leader messianique est peut-être la seule force la plus politiquement active et efficace de l'industrie musicale aujourd'hui. La campagne ONE du groupe, qui œuvre contre malaria, faim et sida et séropositivité dans les pays du Tiers Monde (tout particulièrement en Afrique), en est un bel exemple.
La campagne ONE a "contribué à assurer cent sept milliards de dollars pour l'annulation de la dette des pays pauvres au cours de la dernière décennie", selon son site Internet. Elle a également "joué un rôle crucial dans la campagne internationale qui a mis la pression avec succès sur le G8 pour … doubler les fonds accordés à l'Afrique" et "œuvré de manière rapprochée avec les officiels américains à la création de programmes PEPFAR pour lutter contre le sida et à rempoter des financements pour le Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria depuis et au travers du G8 ; ensemble ces programmes ont aidé à fournir des médicaments pour sauver la vie de près de quatre millions d'Africains atteints du sida ou séropositifs contre cinquante mille personnes seulement en 2002."
Le militantisme de U2 et le fait de s'engager dans les mondes de la culture, de la politique et de la musique ont fait de moi un fan acharné de U2 d'aussi loin que je m'en souvienne, faisant de l'ombre à ce que j'écoute et à mes goûts musicaux. J'admire Bono. Il est difficile même pour une personne possédant une compréhension extraordinaire de la politique et des talents interpersonnels de faire l'équilibre entre le personnel et le politique et de le communiquer efficacement aux gens.
Hypothèse : Il est plus facile de s'engager dans un commentaire politique et social en fait que de parler à quelqu'un d'une façon qui équilibre des problèmes politiques avec des personnels partagés, et de les sortir avec une honnêteté émotionnelle et intellectuelle. Sous les airs de petit saint de Bono, c'est véritablement son empathie pour les thèmes de ses chansons qui rendent sa musique aussi puissante. La volonté de se connecter à cela est ce qui apparemment fait d'un fan, tel que moi-même, un disciple.
"Pour avoir passé du temps en Afrique et vu des personnes dans les fosses de la pauvreté, je vois toujours un esprit très fort dans ce peuple, une richesse d'esprit que je n'ai pas trouvé en rentrant chez moi", de confier Bono au magazine Rolling Stone en 1994. "J'ai vu l'enfant gâté de l'Occident. J'ai commencé à penser :'Ils ont un désert physique, tangible, mais nous avons toutes autres sortes de déserts.' Et c'est ce qui m'attiré vers le désert comme un symbole en quelque sorte."
Non pas pour idéaliser l'abjecte pauvreté, je ne peux m'empêcher de demander : existe-t-il une résonance enviable qui l'accompagne ? Peut-être que l'idée qu'il n'y a nulle part où aller si ce n'est vers le haut peut être encourageante d'une certaine façon. Ou peut-être qu'il font simplement briller que dalle et l'appellent or, retirant le meilleur d'une mauvaise, vraiment mauvaise situation ? Des chansons de détermination de dévotion, tel le gospel ou "Where the Streets Have No Name", puisqu'on en parle, doivent faciliter le processus.
U2 a collaboré avec le Soweto Gospel Choir (chorale gospel de Soweto) dans le cadre de la campagne de promotion de la Coupe du Monde de foot en 2010, montant de nouvelles versions de "Where the Streets Have No Name", entre autres chansons de U2. Récemment, j'ai assisté à un concert du Soweto Gospel Choir et ses chansons d'adoration enthousiaste m'ont rappelé le buzz "Streets". À travers la pauvreté et la lutte des villes du sud ouest de Johannesburg, cette chorale une joie incroyable.
Cela montre une attitude plus large de U2 envers les pays en voie de développement - celle de la compassion et également de la commisération. "Where the Streets Have No Name", comme "Bullet the Blue Sky" et "Mothers of the Disappeared" extraits de The Joshua Tree, paraissent tellement ressentis par Bono. Il semble s'inclure dans la détresse des mères et grands-mères argentines.Si Bono est la version rock-star de Bill Clinton et ONE la Fondation Clinton, alors les paroles de "Streets" : "I go there with you/It's all I can do" est son "I feel your pain" (NDLT : je resens votre douleur). Inutile de prétendre, soit dit en passant, que cette phrase reflète autre chose qu'un complexe messianique. C'est absolument le cas. Pour autant que j'écrire ici que je défends U2 et Bono des piques les plus acérées, je ne contesterai pas cette accusation - pas plus que je ne la questionne pour ce qui est d'Obama ou Clinton.
Après tout, The Joshua Tree est un gospel agnostique - l'une des façons de Bono de nous dire que tout va bien se passer et qu'il améliorera tout. Gavin Friday, le chanteur leader des Virgin Prunes, a grandi avec Bono près des appartements de Ballymun, est réputé pour ses performances artistiques bizarres. Aussi, est-ce tout naturellement que Friday donnera à Bono comme cadeau d'anniversaire "des clous, un marteau et du bois avec une note précisant 'DIY' (NDLT : do it yourself, fais-le toi-même, kit pour les bricoleurs)" pour son 33 ans lors de la tournée Zooropa (NDLT : je pense qu'il veut plutôt parler de la tournée Zoo TV) en 1993, selon Irish Central.
Bono se considère, de la plus pure façon qui soit, membre de la race humaine. Il croit que si une mère argentine ne sait pas où se trouve son enfant, mort ou emprisonné ou Dieu sait quoi, alors cela nous affecte tous. Si un enfant en Afrique meurt de faim, de la malaria, du sida ou de la séropositivité, nous souffrons tous.
Dans sa célèbre lettre écrite en avril 1963 depuis une cellule à Birmingham, Alabama, le Dr. Martin Luther King Jr. écrivait : "L'injustice où qu'elle soit est une menace à la justice partout. Nous sommes pris dans un inextricable réseau de mutualité, attachés dans le seul vêtement de la destinée. Tout ce qui affecte quelqu'un directement nous affecte tous indirectement. Plus jamais nous ne pourrons nous offrir le luxe de vivre selon l'idée étroite d'agitateur externe provincial. Quiconque vit aux États-Unis ne peut être considéré comme un étranger à l'intérieur de leurs limites."
De "One" et ONE à "Pride (In the Name of Love)", lorsque Bono pleure l'assassinat du Dr. King et loue sa courte vie sur terre, Bono prêche ce qu'il pratique. Il fait également l'inverse, ce qui est bien plus que ce que la plupart des autres peuvent dire.
(à suivre)
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#sondagedujour
#1eravril
Daniel Lanois au Hall of Fame… (Fin)
Chaque fois que vous vous rendez en studio pour travailler avec des artistes tels que Peter Gabriel, Neil Young ou Bob Dylan, remarquez-vous combien leur influence a déteint sur vous ?
Daniel Lanois La vie fournit l'inspiration pour le songwriting et bien évidemment le studio n'y fait pas exception. S'il m'arrive de travailler avec certains de mes héros alors par osmose et proximité, une partie de cela va s'infiltrer dans mon travail. Ceux avec qui l'on choisit de traîner, ceux avec qui l'on choisit de philosopher est une grande part de notre art. C'est également une partie joyeuse lorsque je pense aux échanges entre Neil Young et moi-même, des jours et soirées mémorables. Il se peut que je ne le vois pas pendant un an ou deux mais les instants que j'ai passé avec lui font toujours écho en moi.Young, Dylan, Peter Gabriel - ils sont tous des spécialistes S en quelque chose.
Parlez-nous de l'album atmosphérique de Willie Nelson, Teatro (1998), que vous avez produit et sur lequel vous jouez de la basse.
Daniel Lanois Willie est une belle âme et il n'existe qu'une poignée de personnes comme lui au monde - quelqu'un qui a vécu à l'époque des bals dans les années 1950. il comprend le pouvoir d'une chanson et il comprend l'harmonie. Je pense qu'il est vraiment une grande force quand on l'entoure et je l'ai ressentie. C'est une âme généreuses et un bosseur acharné.
D'où pensez-vous que vous vient votre propre éthique du travail ?
Daniel Lanois Gamin, j'ai distribué le Globe and Mail pendant des années. J'avais une petite feuille de route et je croyais au dur labeur et au développement du talent. J'ai toujours vécu en travaillant dur sans jamais cesser. Mais plus important encore, cette occasion m'a donné la chance de penser , d'être imaginatif et de rêver alors que je suivais ma feuille de route matin après matin. Je plaisante avec certains de mes amis et leur dit : "Il y en a parmi nous qui se lèvent tôt le matin pour livrer le journal." Je pense que les opportunités ne sont bonnes que si l'on a accompli sa préparation.
Vous êtes couvert de récompenses et votre travail est reconnu de tous dans l'industrie musicale. Existe-t-il une forme d'expression que vous trouviez la plus enrichissante ?
Daniel Lanois Je pense que jouer de la guitare pedal steel me procure un sanctuaire. Le dimanche je joue de cette guitare sans aucune attente pour moi-même. Je joue pour rester connecté à mon instrument. Je pense que nous avons tous besoin d'un roc pour supporter cette époque d'électronique de masse et ma guitare est ce roc dans mon cas. La guitare pedal steel, c'est une beauté, mais elle requiert beaucoup de talent. Elle nous rend humble d'une certaine façon. Elle ne possède pas beaucoup de cirque/folklore. Ce n'est pas comme si l'on pouvait pousser un bouton, bouger la souris et obtenir un bon son. C'est un peu comme un clarinettiste, ça ne va pas ressembler au son d'un hautbois - c'est une clarinette !
Pour ce qui est de votre jeu de guitare. Avez-vous pris des cours ?
Daniel Lanois J'en ai pris plein lorsque j'étais un jeune guitariste. J'ai appris de manière extensive comment placer les doigts. J'ai appris la musique classique et le folk. Puis, j'ai choisi la guitare pedal steel qui est également un instrument où l'on place ses doigts, et au jour d'aujourd'hui, je suis un guitariste qui utilise ses doigts. Je n'utilise pas de pick. Et ce qui est fascinant c'est que je ne pense pas qu'en termes d'accords, je pense en termes de lignes de basse pour mon pouce.
Puis, si je chante, j'essaie de de le faire avec harmonie et là j'ai besoin des cordes du haut. Aussi, est-ce un truc quelque peu complexe lorsque l'on commence à être dans un monde à quatre rôles. La musique punk possède ce même truc, des harmonies à quatre parties. J'ai chanté dans une chorale durant des années et c'est quatre parties. Aussi ces quatre parties ont continué de revenir dans ma musique au cours de ces années, et pincer les cordes avec les doigts fait partie de ce quatre rôles pour faire de la musique.
Quelqu'un en particulier a-t-il influencé votre manière de chanter ?
Daniel Lanois J'ai rencontré ce gars Daryl Johnson, qui est un grand chanteur et bassiste venu de la Nouvelle Orléans. Quand j'étais gosse au Canada, j'ai choisi d'aller au sud de la frontière pour y apprendre le groove et les lignes de basse et certainement que la Nouvelle Orléans a beaucoup à offrir en cette matière. Il faisait partie de mon groupe (Black Dub) et là encore, j'ai été capable grâce à l'osmose et à la proximité de piocher dans l'excellence de cet homme en tant que grand chanteur.
Parlez-nous de votre dernier groupe, Black Dub. Marque-t-il une pause ?
Daniel Lanois Black Dub est en veilleuse pour l'instant notre bassiste Daryl Johnson est en prison et notre maison de disques n'existe plus. J'en ai aussi un peu assez de pousser le rocher vers le haut de la côte. Mais Trixie Whitley (chant) a été invitée à ce festival (le Greenbelt Harvest Picnic au Christie Lake) auquel je participe à l'extérieur de Hamilton en août et j'espère qu'elle viendra et nous fera la grâce de sa présence.
Avez-vous le moindre projet en vu avec le batteur de Black Dub, Brian Blade ?
Daniel Lanois Une fois on induction à Toronto, je donnerai deux dates - j'appelle ça "The Black Box Nights" - avec Brian Blade, qui m'accompagnera à la batterie. Je m'y suis préparé et je ferai comme ce que fait The Mad Scientist, un spécialiste jamaïcain du dub. Je fournirai à la salle entière ces sonorités sur lesquelles j'ai bossé religieusement tout au long du mois dernier. Puis nous y associerons des films car nous faisons également des films d'art. Ce que je projette de faire est d'assure le rôle de conservateur de la soirée et je suis très excité à l'idée de fournir une soirée telle que celle de la Black Box.
La Jamaïque est-elle votre résidence principale ces temps-ci ?
Daniel Lanois Oui, je possède des studios en Jamaïque, à L.A. et Toronto.
RCM : Ce studio que vous possédez à L.A. est une merveille architecturale.
Daniel lanois La Bellavista (NDLT : Belle Vue) - c'est tout bonnement le nom de la maison écrit sur le portail d'entrée - est à l'évidence la marque de la dévotion de l'œuvre d'un artisan des années 1920. Ils ont dû faire venir des spécialistes de l'acier et du mortier d'Europe. C'est totalement méditerranéen (NDLT : vu le nom, nous n'en doutons pas une minute !).
Lorsque vous repensez à ces quarante années de carrière - de la cave de votre mère au Bellavista, pour ainsi dire - y a-t-il une certaine qualité que vous reconnaissez dans vos pairs de l'industrie musicale ? Existe-t-il quelque chose en commun entre Willie Nelson, Peter Gabriel et U2 ?
Daniel Lanois La plupart des personnes qui arrivent à ce stade sont de grands êtres et de belles âmes. Tous ceux qui ce sont battus, sont partis de rien pour arriver au sommer, et U2 est l'exemple par excellence de ce parcours. Les membres de U2 sont les êtres humains les plus généreux que je connaisse et c'est quelque chose que j'apprécie vraiment chez eux. Mon ami irlandais m'a dit un jour : "Ouais, U2 est une opération de masse, mais il y a quatre cœurs généreux qui battent en son centre." Je ne sais que vous dire d'autre d'eux si ce n'est que je suis béni que nos routes ce soient croisées.
Certains artistes, tels Bono et Bruce Springsteen sont simplement la voix d'une génération. Ce sont des personnes aux bonnes valeurs qui veulent faire du monde un meilleur endroit que celui dans lequel ils l'ont trouvé. Et on peut dire que ça fait partie de notre boulot, pas seulement en tant qu'artistes, mais en tant qu'êtres humains. Bruce Springsteen, Peter Gabriel, U2 - ils ont touché les cœurs. Qu'il nous soit donné de toucher un cœur un jour, quelque part !
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